L’encyclopédie électorale du Canada

Qui a vraiment mangé le lunch du NPD en 2025 ?

par Maurice Y. Michaud (il/lui)

Scénarios alternatifsDisons les choses comme elles le sont. Suite à son ascension spectaculaire au rang d’opposition officielle en 2011, le NPD n’a fait que chuter. Quant au Parti vert, il est vrai qu’il a finalement fait son entrée au Parlement en 2011 ; toutefois, sa progression a été lente. Les luttes internes et la défection de Jenica Atwin au Parti libéral avant les élections de 2021 ont freiné toute avancée significative. De son côté, le Bloc Québécois n’a commencé à se remettre qu’en 2019 de sa quasi-élimination par le NPD en 2011. Cependant, en 2025, il n’a pas retrouvé son influence d’avant 2011 lorsqu’il détenait le plus grand nombre de sièges au Québec.

À Noël 2024, alors que le Parlement était paralysé et que les générales étaient imminentes, les sondages prévoyaient la formation d’un écrasant gouvernement majoritaire conservateur. Certains sondages laissaient même entrevoir la possibilité que le Bloc redevienne l’opposition officielle et que le NPD remporte quelques sièges de plus que les libéraux sortants, illustrant l’exaspération de l’électorat envers Justin Trudeau. Mais la réélection de Monsieur Tarifs Donald Trump aux États-Unis et la démission de Trudeau au début de 2025 ont tout changé. Les libéraux ont pris l’ascendant sur les conservateurs et les petits partis d’opposition ont été décimés lors des générales les plus binaires de l’histoire canadienne depuis 1958.

La situation des petits partis

La situation du NPD
En 2015, alors qu’un grand nombre de Canadien·ne·s en avait assez d’une décennie de ces nouveaux Conservateurs au pouvoir, lels ont d’abord jeté un coup d’oeil au prétendant gouvernement en attente. Certains sondages au début de la campagne électorale laissaient même penser que le pays était à la veille d’élire son premier gou­ver­ne­ment néo-démocrate, quoique forte­ment minoritaire. Mais ceuxes qui doutaient de l’impact que pouvait avoir une campagne électorale ont délaissé ces doutes après 2015.

En effet, Thomas Mulcair s’est fait dépassé à sa gauche par le libéral, Justin Trudeau. Persuadé que son parti ne devait pas être perçu comme dépensier, Mulcair l’a repositionné vers le centre en matière économique alors que Trudeau affirmait ne pas craindre un déficit budgétaire si c’était pour donner un coup de pouce aux Canadien·ne·s. Mais surtout, dans son désir d’évin­cer les Conservateurs du pouvoir, l’électorat s’est tourné vers une entité connue — le Parti libéral — plutôt qu’une qui n’avait jamais tenu les rênes du pouvoir au fédéral. De 103 sièges aux générales de 2011, le NPD s’est retrouvé comme deuxième groupe d’opposition avec seulement 44 sièges, méritant à Mulcair de se faire montrer la porte de la chefferie.

Le parti a choisi Jagmeet Singh comme chef, premier membre d’une minorité visible à diriger un grand parti fédéral et premier de confession sikh. Sa campagne à la chefferie était axée sur la lutte contre les inégalités, le changement climatique, la réconciliation avec les autochtones et la réforme électorale. Il favorisait aussi la décriminalisation de stupéfiants à usage personnel et la promotion de la réduction des risques pour les usagers.

Que ce soit à cause de ces positions ou de son don pour proposer des idées qui empiétaient sur les compétences provinciales (ou une combinaison des deux), Singh a fait chuter son parti plus bas que Mulcair.

  • En 2019, le NPD est passé au troisième groupe d’opposition, avec 24 sièges et un peu moins de 16% du vote populaire.
  • En 2021, le parti est resté troisième groupe d’opposition avec un siège de plus et 17.7% des votes, et a participé de mars 2022 à septembre 2024 à un accord de confiance et de soutien avec le gouvernement libéral minoritaire.
Que ce soit à cause de cet accord ou de la façon dont Singh y a mis fin, combiné à la menace existentielle représentée par la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le NPD est sorti des générales de 2025 avec seulement 6.3% des voix, 7 sièges, et sans statut de parti officiel. Échouant à gagner son propre siège, Singh a démissionné le soir même des élections.

Quoique les élections de 2025 étaient loin d’être ordinaires, le NPD connaissait bien le scénario.

  • Détenant la balance de pouvoir en 1972 avec 31 sièges, il était entré dans un tel accord avec le gouvernement libéral minoritaire de l’époque. Après les générales de 1974, il s’est retrouvé avec seulement 16 sièges contre un gouvernement libéral majoritaire.
  • En raison du dégoût envers le gouvernement progressiste-conservateur sortant en 1993, il a vu ses votes passer au Parti libéral, et est passé de 43 à 9 sièges, perdant son statut de parti officiel.
  • Face à un gouvernement libéral minoritaire en 2004 et un gouvernement conservateur minoritaire en 2006, il lui manquait qu’un ou deux sièges pour détenir la balance du pouvoir.
La catastrophe pour le NPD en 2025 était que, même si le système électoral canadien est tel que le premier ministre n’est pas élu directement, l’électorat en cherchait un capable de faire face à Donald Trump, et ni le conservateur Pierre Poilievre, ni (surtout?) Singh n’était jugé à la hauteur de l’ex-directeur de la Banque centrale du Canada ET du Royaume-Uni : le nouveau premier ministre libéral Mark Carney.

La situation des Verts

La situation du Bloc

L’effet net de la polarisation binaire en 2025
On sait depuis longtemps que les néo-démocrates modéré·e·s se tournent vers les libéraux lorsque lels craignent une montée significative des con­ser­vateurs. Ce phénomène s’est produit en 2025, mais les conservateurs en ont plus profité en termes de sièges, tout comme en 2011. En fait, le PCC a mangé un peu du lunch de tous les partis ! Comme d’habitude, le PLC et le PCC ont échangé des sièges, mais le dernier a été plus gourmand, en prenant huit de plus du PLC. Ainsi, le PLC a obtenu son gouvernement minoritaire à trois sièges d’une majorité en mangeant plus du lunch du BQ que du NPD, menant Chantal Hébert à affirmer le soir des élections que les libéraux devaient leur accomplissement en grande partie au Québec. En fin de compte, le PLC a bouffé 16 sièges des oppositions autre que le PCC, alors que le PCC en a bouffé 12 des oppositions autre que le PLC.

Gains par Parti libéral du Canada ⇒ 26
10 9 7 0
AB – Calgary Confederation
BC – Kelowna
BC – South Surrey—White Rock
MB – Winnipeg West
NS – Cumberland—Colchester
NS – South Shore—St. Margarets
ON – Bay of Quinte
ON – Carleton
ON – Peterborough
SK – Desnethé—Missinippi—Churchill River
QC – Abitibi—Baie-James—Nunavik—Eeyou
QC – Beauport—Limoilou
QC – Rivière-des-Mille-Îles
QC – La Prairie—Atateken
QC – Longueuil—Saint-Hubert
QC – Mont-Saint-Bruno—L'Acadie
QC – Terrebonne
QC – Thérèse-De Blainville
QC – Trois-Rivières
BC – Burnaby Central
BC – Esquimalt—Saanich—Sooke
BC – New Westminster—Burnaby—Maillardville
BC – Port Moody—Coquitlam
BC – Victoria
MB – Churchill—Keewatinook Aski
ON – Hamilton Centre
Gains par Parti conservateur du Canada ⇒ 30
18 1 10 1
AB – Calgary Skyview
BC – Cloverdale—Langley City
ON – Kitchener South—Hespeler
BC – Richmond Centre—Marpole
NL – Terra Nova—The Peninsulas
NL – Long Range Mountains
ON – Aurora—Oak Ridges—Richmond Hill
ON – Brampton West
ON – Cambridge
ON – Hamilton East—Stoney Creek
ON – Markham—Unionville
ON – Newmarket—Aurora
ON – Niagara South
ON – Sudbury East—Manitoulin—Nickel Belt
ON – Richmond Hill South
ON – Vaughan—Woodbridge
ON – Windsor—Tecumseh—Lakeshore
ON – York Centre
QC – Montmorency—Charlevoix
AB – Edmonton Griesbach
BC – Cowichan—Malahat—Langford
BC – Nanaimo—Ladysmith
BC – North Island—Powell River
BC – Skeena—Bulkley Valley
BC – Similkameen—South Okanagan—West Kootenay
MB – Elmwood—Transcona
ON – London—Fanshawe
ON – Kapuskasing—Timmins—Mushkegowuk
ON – Windsor West
ON – Kitchener Centre
Gains par Bloc Québécois ⇒ 1
1 0 0 0
QC – Gaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine—Listuguj

Donc, en termes de sièges, ce sont les conservateurs qui ont bouffé le lunch du NPD, et le festin des libéraux s’est fait chez le Bloc.

Mais en termes de votes, c’était une autre histoire.



© 2005, 2026 :: PoliCan.ca (Maurice Y. Michaud)
Pub.: 22 fév 2026 10:30 HE
Rev.: 26 fév 2026 07:07 HE (mais données présentées dynamiquement)