par Maurice Y. Michaud (il/lui)
Si vous ne faites que débuter votre étude approfondie du système électoral canadien, ou si votre intérêt est passager, ou si votre âge fait que votre mémoire politique est courte (pas votre faute !), essayer de décortiquer comment les circonscriptions électorales ont évolué pourrait vite vous donner mal à la tête.
Prenons le Québec pour exemple. Comment êtes-vous supposés savoir que Maurice-Richard était Ahuntsic à son origine en 1966, puis Crémazie dès 1973, AVANT de devenir Maurice-Richard en 2018 ? Ou encore, que le comté que nous connaissons maintenant comme Beauce-Nord correspond plus au moins à Dorchester de 1841 (dans la Province du Canada) jusqu’en 1973 (dans la Province de Québec) ? Ou qu’Abitibi-Est, qui semble avoir toujours existé, n’est qu’en fait une découpure en 1944 d’Abitibi créé en 1923, et ce qui restait a été renommé Abitibi-Ouest ? Ou que Bertrand de 1981 à 1994 avait été découpé de Chambly et de Verchères, mais que Bertrand de 1994 à nos jours avait été découpé de Labelle, Prévost et Rousseau — même nom, régions différentes ?
Nous connaissons tous l’expression « Suivez l’argent ». L’idée derrière les comtés maîtres est de tenter de « suivre le territoire » (ou les régions). Ainsi, on s’attarde moins sur les noms donnés aux comtés après chaque redécoupage, car souvent ces noms sont dénués de sens ou peuvent nous mener à confondre deux régions différentes. Songez à comment, lors de la première assemblée de la Colombie-Britannique en 1871, « Vancouver » désignait l’île de ce nom, car la ville qu’on connait aujourd’hui n’existait même pas ! Ou reportez-vous à l’introduction de cette section : le comté original de « Kootenay », créé en 1871, a donné naissance à pas moins de 10 autres comtés rendu en 1903, mais seuls 4 en sont issus aujourd’hui.
Le concept de comtés maîtres est similaire à celui de familles politiques de PoliCan. Ce concept permet de constater la continuité d’une formation politique. Par exemple, au niveau fédéral, la version actuelle du Parti conservateur était à l’origine le Parti réformiste/l’Alliance canadienne, qui a absorbé la famille conservatrice d’origine en 2003, alors connue sous le nom de Parti progressiste-conservateur.
Essayons donc d’appliquer le même genre de logique aux comtés.
Des comtés ont été créés lors de la formation de la première assemblée. Appelons-les les comtés maîtres originaux. Par la suite, de nouveaux comtés ont été créés à partir de portions de ces comtés maîtres, devenant eux-mêmes des comtés maîtres. Plus tard, ces nouveaux maîtres peuvent être divisés pour en créer d’autres, ou ils peuvent être fusionnés, en tout ou en partie, avec leur maître d’origine — ou avec un ou plusieurs maîtres voisins totalement différents. C’est ainsi que certains comtés, initialement ruraux, sont graduellement devenus périurbains ou urbains — ou l’inverse.
D’une part, avec l’urbanisation croissante de la population canadienne, certains maîtres ont disparu — y compris des originaux, même dans les villes. D’autre part, de nombreux nouveaux maîtres sont apparus depuis les années ’60 pour refléter la croissance des villes et leur meilleure représentation au sein des assemblées, maintenant que le découpage des cartes électorales n’est presque plus du ressort de la classe politique. Mais d’un point de vue historique, tous ces boulversements ont engendré une situation pour le moins chaotique.
Ce moteur de recherche basé sur les comtés maîtres vous permet de donner un sens au chaos.
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